dimanche 10 novembre 2013

Entre misère et espoir

Nous aimons Marseille, nous l'aimions déjà avant qu'elle ne devienne capitale européenne de la culture, avant qu'elle devienne une ville touristique à la mode. Aujourd’hui, nous aspirons humblement à participer bientôt aux prises de décisions futures, autrement dit à entrer au conseil municipal. L'échéance des élections prochaines nous y invite. Marseille va mal et ce n'est pas nouveau : la décolonisation a été le début de son déclin et pour des raisons géostratégiques, les ports de la façade atlantique ont détrôné le grand port de Méditerranée qu'était la ville.
Pourtant dès sa fondation, Marseille en tant que ville invite à l'espoir, au métissage comme l'évoquait déjà l'allégorie des épousailles entre Protis et Gyptis. Ensemble vont nouer leur destin la fille du petit roi salyen et un jeune colon venu par la mer de Phocée, amenant dans sa besace la langue écrite, une certaine idée de ce que peut être l'urbanisme.

Comme l'a si bien écrit Mistral :
-Lou pichot rèi dóu pople Sàli,
Nan, benesis lou vènt gregàli,
E baio, dous presènt, sa fiho pèr mouié
Au jouine Pròtis de Foucèio ;
Marsiho espelis : la sadrèio,
Lou sourne pin, fan plaço i lèio
De figo e de rasin, de nerto e d'óulivié.

Les gens depuis pendant des générations sont venus à Marseille de tous les coins du monde : provençaux de l'arrière-pays tout d'abord, ceux de derrière les collines mais aussi et depuis des siècles des pisans, des génois, des gavots, des juifs, des turcs, des gens du nord, d'autres encore arrivés par bateaux. Souvent, ils vont s'assimiler rapidement à la cité. Marseille a pris ses racines dans tous les pays de la Méditerranée et cela constitue une belle promesse pour le vivre ensemble.

Pourtant, depuis longtemps déjà, la ville périclite. En ces temps de Marseille-capitale, si parfois la cité s'embellit plus ou moins, du côté d'Euroméditerranée notamment, y apparaît aussi de plus en plus de misère dans le quotidien de l'espace public, de plus en plus de brutalité entre les gens, en particulier dans le centre-ville (incivisme, délinquance, absence de la politesse la plus élémentaire) et d'insalubrité publique.

A l'heure où le Mucem, musée des civilisations, connaît une belle affluence, on peut se demander si la crise marseillaise, cette crise qui n'en finit pas, n’était pas justement une crise de civilisation...

De plus en plus de jeunes marseillais, tristement, tournent le dos ostensiblement à l'aventure scolaire, celle de l'acquisition des savoirs telle qu'elle est offerte dans le cadre de l'école laïque. Est ce le reflet d'un malaise ou même d'une sorte de crise de civilisation ? Sûrement.

Autre exemple de l'impasse dans la gestion municipale :
Je me souviens : èra la grèva dei ramassaires de bordilhas a Marselha en octòbre de 2010 per faire recuelar la refòrma dei retiradas : les rues sont vite envahies de poubelles en putréfaction, on a comme une odeur de l'Inde, l'odeur âcre de l'Inde, les rats, lei garris se van regalar. Bordilhas Streets for the strike. Notre Dame des Bordilles, priez pour nous ! On entonne un petit -Je vous salis ma rue- de la fatalité ! Des flammes souvent dans la nuit, mai lo fuèc, back the fire... Bonne mère en transe, Marseille bordélisée, bordilhas, poubelles en feu, désordre, immondices, ruines, fiente, pus, tout ce contre quoi la vie urbaine nous parait être la défense organisée, tout s'étale dans les rues. Una aussa de pudentor.


Comment en est on arrivé là dans cette ville qui dès le Moyen-Age fut une république urbaine appartenant au comté de Provence mais qui possédait ses propres consuls formant "lo consolat" tout comme Barcelone, Gènes ou Venise ?

Plus tard, Marseille est devenue la porte de l'Afrique autrement dit une entrée hexagonale du trafic colonial. Elle représentait les intérêts de la France centralisée et son destin était enviable mais à partir de la décolonisation ou plutôt juste après (car la ville a encore profité du temps de décolonisation), elle s'est retrouvée sur la touche, dans un processus de décrépitude.

Dans notre situation post-coloniale, quel avenir se dessine pour Marseille ? Comment redorer son blason ?
Et si l’espoir résidait dans une reconquête de dignité de la ville monde ?
Cela passe aussi par la culture, autrement dit aussi par sa culture propre, sa langue d'oc, ses mots marseillais, cette musique avec comme disait Ferré "cet accent qui ne sort pas de Polytechnique"... Si l'avenir de Marseille la rendait plus occitane, la ville aurait tout à y gagner, y compris pour les nouveaux marseillais : ceux du nord, ceux du sud, tout ceux qui sont en quête de travail, d'argent, de stabilité, bref d'un lieu moins désarticulé, moins traumatisé et pour qui la ville doit garder sa vocation d'ouverture comme en témoigne sa mémoire.
Thierry OFFRE

1 commentaire:

  1. L'avenir: une ville verte, propre et dont on valorise le métissage de ses cultures et de son histoire! Une capitale de la méditerranée, la porte de l'orient: yes, we can ;-) http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/direction-all%C3%B4-mairie-marseille-ville-propre-ville-verte

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