dimanche 10 novembre 2013

Le "peuple" du stade et le discours de l'exclusion

Plus de la moitié de la population de la région PACA n’y est pas née. La proportion est encore plus grande à Marseille où les exilés de l’intérieur côtoient ceux venus des rives de la Méditerranée. Pourtant, au Vélodrome, tous sont Marseillais. La fusion dans une identité choisie a longtemps fonctionné. Marseillais depuis plusieurs générations ou nouvel arrivant, tous se reconnaissaient au travers de leur OM. Rien à voir avec le PSG ! Quant aux clubs de supporters de Gap ou du Vaucluse, ils étaient tout ce qui restait d’une ancienne conscience régionale. A cette identité ouverte et qui se moquait des frontières, certains tentent d’en substituer une autre : celle d’une France éternelle, nationaliste, jacobine et centralisée. Une France propriété des « Français de souche » et qui rejette l’étranger. Une France qui n’a rien à voir avec celle que chantait Jean Ferrat (dans J'arrive où je suis étranger par exemple). Qu’est ce qui se cache donc derrière ce « On est chez nous » vociféré dans les stades ? L’idée d’une relation étroite entre le sang et la terre, une sorte d’essence de la nationalité qui ferait de nous, de par notre famille, les seuls propriétaires du territoire national. Paradoxe d’ailleurs lorsqu’on voit que ce sont souvent des descendants d’immigrés italiens ou espagnols ou encore des pieds noirs déracinés qui se font les chantres de cette théorie. Comme si le doute sur les origines générait une surenchère nationaliste.
Or, ce discours d’exclusion a une emprise certaine sur les autochtones, même si les envahisseurs, ceux qui renchérissent les prix de l’immobilier ou barricadent les anciens chemins usagers arrivent bien plus du nord que de l’autre rive de la Méditerranée. Que voulez vous, on leur parle de racines. Les leurs s’inscrivent dans un village, un quartier, au travers d’un ancien « biais de viure » une façon de vivre le quotidien marquée de convivialité (l’ancienne convivéncia des troubadours) et de verbe haut, notre fameuse tchatche. Elles s’inscrivent aussi dans une langue, qu’on l’appelle patois, provençal ou occitan, dont ils ne conservent souvent que quelques mots ou expressions mais qui est pour eux la langue du paradis perdu de leur enfance. Cela touche à l’inconscient, à l’irrationnel. Chaque jour, ce qu’ils sont au plus profond d’eux même est nié par la société. Mais cette identité là, a-t-elle sa place dans la fameuse « identité nationale » mise en exergue par certains ?
Mieux que les mots, regardons les actes : au parlement européen, tous les élus du Front national, rejoints au passage par le nationaliste dit de gauche Mélenchon, ont voté contre le rapport Alfonsi prônant la reconnaissance de la diversité des langues. Au conseil régional, le groupe FN s’est à chaque fois opposé à toute mesure en faveur du provençal. Pour eux, il n’est bon bec que du Français : une langue qui, pour se protéger, doit nier les autres et une seule identité, celle qui permet à un recampum (nouvel arrivant) débarquant pour passer sa retraite au soleil de dire qu’il est ici chez lui. Et qu’il a priorité sur le premier mangeur d’aubergines arrivant de Syrie. Certes, il y a des galoubets et des grands chapeaux qui accompagnent Marion Le Pen dans ses tournées autour de Carpentras mais tout cela n’est qu’une pointe de pittoresque destinée à tromper le chaland. Dans les faits, leur « préférence nationale » exclue totalement l’identité régionale.
Tout au contraire, elle ne fait qu’accentuer une sorte de zoning qui fait des pays du soleil une réserve pour riches, un bronze-cul d’où les indigènes doivent partir ou se transformer en domestiques. Si la Provence est en train de devenir une « colonie de peuplement », ce n’est pas à cause des gens venus du sud que l’on parque dans des quartiers laissés à l’abandon et devenus zone de non droit quand les vigiles et autres gros bras surveillent de véritables quartiers privés. On peut lire l’exclusion sur la carte de la ville tandis que le no man’s land du centre ville devient un lieu d’affrontement dont les échos largement médiatisés ne font que renforcer la paranoïa généralisée.
Face aux fausses solutions et aux vrais problèmes, il est peut-être temps de réinventer la citoyenneté et le respect de la différence. La richesse d’un pays n’existe pas en soi. Elle naît de sa capacité à s’ouvrir et à devenir le centre de l’échange. Nous sommes plus riches que les autres car nous parlons plusieurs langues, confrontons au quotidien nos cuisines et nos passions, parce que nous sommes tous différents. Et parce qu’a Marseille, d’où que nous arrivions et quoi qu’il se passe dans ce monde de requins, nous serons toujours derrière l’OM.
Jean-Pierre Belmon

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