samedi 16 novembre 2013

Réunion du comité consultatif pour la promotion des langues régionales

Le comité Consultatif pour la promotion des langues régionales s’est réuni le 9 octobre 2013. En voici le compte rendu :






Co-Présidence de MM. Armand JUNG et Paul MOLAC
Audition de Mme Aurélie FILIPPETTI,
Ministre de la Culture et de la Communication

Présents ou représentés : M. Armand JUNG, M. Paul MOLAC, Mme Sylviane ALAUX, M. Jean-Pierre ALLOSSERY, M. Christian ASSAF, M. Pierre AYLAGAS, M. Jean-Luc BLEUNVEN, Mme Colette CAPDEVIELLE, M. Jean-Pierre DECOOL, M. Pascal DEGUILHEM, Mme Sophie DESSUS, Mme Virginie DUBY-MULLER, Mme Marie-Hélène FABRE, M. Paul GIACOBBI, M. Denis JACQUAT, M. Laurent KALINOWSKI, M. Gilbert LEBRIS, Mme Annick LE LOCH, M. Jean-Pierre LE ROCH, M. Céleste LETT, M. Jean-Luc MOUDENC, M. Hervé PELLOIS, M. Frédéric REISS, M. Gwendal ROUILLARD, M. André SCHNEIDER, M. Gabriel SERVILLE, M. Claude STURNI, M. Guy TEISSIER.
M. Nicolas FEAU, conseiller parlementaire ;
Mme Clarisse MAZOYER, conseillère en charge de la presse, du livre et de la lecture, de la langue française et des langues de France, et de la culture scientifique ;
M. Xavier NORTH, Délégué général à la langue française et aux langues de France.


Mme Aurélie FILIPPETTI, ministre de la Culture et de la Communication, remercie MM. Armand JUNG et Paul MOLAC, co-présidents du groupe d’études, de l’avoir invitée.

Elle vient faire part des réflexions et propositions issues du rapport du Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne qui lui a été remis le 17 juillet 2013. Elle souhaite expliquer quelles sont les orientations retenues par le Gouvernement. Elle souhaite également recueillir les suggestions et points de vue des parlementaires.

Les langues régionales (LR) ont, par le passé, fait l’objet de discriminations et de sarcasmes. Beaucoup ont estimé que la pluralité des langues constituait un obstacle à la communication.
Leur statut a récemment progressé. En effet, en contrepoint à l’uniformisation induite par la mondialisation, la diversité culturelle, notamment linguistique, est devenue le langage commun des démocraties.

La position du Gouvernement est donc désormais de considérer la pluralité des langues régionales comme une richesse et donc de défendre une idée française de la langue, fondée sur la pluralité. La France a d’ailleurs le patrimoine linguistique le plus riche d’Europe. Face au danger de disparition de certaines de ces langues, il en va de la crédibilité de la France, notamment à l’international, de ne pas exclure les LR du discours sur la pluralité, notamment au nom de l’égalité, et de travailler à la sauvegarde de toutes les langues de France.

Depuis la réforme constitutionnelle de 2008, les LR sont inscrites dans la Constitution 1. Il s’agit désormais de ne pas nier la différence avec l’autre mais de reconnaître l’autre parce qu’il est différent au sein d’une même communauté citoyenne. C’est le lien de la langue française qui fonde le sentiment d’appartenance. Si la Déclaration des droits de l’homme est écrite en français, il est important de rappeler que le personnage de Marianne a été créé en 1792 en langue occitane 2. Avoir une langue commune ne signifie donc plus parler une langue unique.

La France a signé de nombreuses conventions internationales ayant pour objet de sauvegarder et protéger la diversité. Peut notamment être citée la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO, adoptée le 20 octobre 2005, dont le préambule contient des dispositions défendant la diversité linguistique. De même, l’Union européenne ne se conçoit que dans sa diversité linguistique. Si l’Union européenne a du mal à respecter ces principes dans la pratique, en revanche, elle a mis en place de nombreuses stratégies pour le multilinguisme.

Des études montrent que la mise en œuvre de politiques volontaristes de défense des langues entraine des retombées positives sur le développement global des territoires. En effet, les langues constituent un facteur d’attractivité pour les échanges transfrontaliers.

Les français sont très attachés aux identités locales. Pour répondre aux attentes des français et des élus, le Comité consultatif a donc été constitué afin de redéfinir la politique linguistique de la France.

Le Comité consultatif a été conçu, au départ, avec un objectif : trouver un moyen de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires 3. Les réflexions conduites ont abouti à un constat : la ratification s’avère impossible. Comme il est impossible de modifier la Constitution sans introduire une incohérence majeure en son sein, le processus de ratification de la Charte est donc définitivement abandonné.
Le Comité consultatif s’est alors attaché à rechercher les modalités d’application concrète des mesures présentes dans la Charte et conformes à la Constitution. Mme FILIPPETTI remercie les membres du GE qui ont directement ou indirectement participé aux travaux du Comité consultatif.
Il s’agit donc aujourd’hui de réfléchir à la façon de mettre en œuvre les préconisations du Comité consultatif, à cadre constitutionnel constant.

Mme la ministre rappelle que la Charte a une portée essentiellement symbolique car les mesures retenues par la France sont en fait déjà mises en œuvre pour l’essentiel.
En outre, la Charte commence à être quelque peu datée puisqu’elle a été rédigée en 1992. En effet, lors de sa rédaction, il n’était pas possible de prévoir les récentes avancées technologiques telles que, par exemple, le développement du numérique.

Le rapport préconise essentiellement de clarifier le droit existant pour libérer les pratiques : cette position a été retenue par le Gouvernement. Cela prendra la forme d’un code des langues de France. Le rapport préconise également un acte juridique fort, en adoptant une loi, condition d’exercice d’un droit positif.
Si Mme FILIPPETTI s’interroge sur l’efficacité, et donc l’utilité, d’une loi déclarative, il lui semble néanmoins nécessaire de récapituler le droit existant. Elle déclare donc qu’elle fera publier un recueil des lois et règlements relatifs aux langues de France dans les mois à venir, en attendant que la codification officielle soit menée par le Secrétariat Général du Gouvernement (SGG).

Elle rappelle également la nécessité d’un partenariat entre l’État et les collectivités territoriales au sujet des LR. Un point d’équilibre est d’ailleurs recherché dans les textes en cours d’examen. Il convient notamment de confier aux régions un rôle moteur (mise en place de schémas régionaux de promotion des LR…). Un Office public de promotion des langues occitanes est, par exemple, déjà à l’étude.

Mme FILIPPETTI ajoute qu’il convient également d’agir par des politiques sectorielles. L’enseignement et les médias sont les deux principaux vecteurs de transmission. La loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République est une étape importante car, pour la première fois, l’enseignement bilingue est reconnu 4. Reste désormais à recruter les enseignants, tout en tenant compte du contexte budgétaire actuel.
Concernant les médias, Mme la ministre souhaite mettre en place un service public de l’audiovisuel public en langues régionales sur internet, adossé à un fonds public de soutien. Elle étudie encore la façon dont il pourrait s’articuler avec France3. La question de la régionalisation de France3 est d’ailleurs au cœur de cette réflexion. Les collectivités territoriales devraient pouvoir participer à l’effort de production de contenus en LR. Le rapport du Comité consultatif suggère de se rapprocher du droit commun en matière de presse. Mme la ministre partage cette approche.
Dans le domaine de la culture, elle se dit en faveur de l’application du droit commun aux LR. Il s’agit par exemple d’ouvrir les aides publiques à tous les projets en LR et de permettre leur accès dans les grandes institutions. Concernant les mesures spécifiques, une circulaire sera prochainement adressée aux services issus du ministère de la Culture et aux opérateurs culturels de l’État afin de les inciter à avoir recours à des programmes en LR.

En ce qui concerne la présence des LR dans les administrations et les services publics, le rapport préconise d’encourager l’impression bilingue des documents administratifs,
ainsi que les médiations bilingues. Une circulaire du Premier ministre destinée aux services de l’État pourrait préciser ce qu’ils doivent faire ou ne pas laisser faire en ce domaine. Cela permettrait essentiellement de diffuser les bonnes pratiques.


Le rapport constate deux idées :
Les territoires :
Il préconise de distinguer la France métropolitaine et les Outre-mer. En effet, les outre-mer comportent des spécificités linguistiques. Ainsi, les langues régionales d’outre-mer sont le plus souvent les langues maternelles des locuteurs. Cela justifie ainsi des mesures distinctes, un cadre juridique propre, qui est d’ailleurs rendu possible par la Constitution.

Les langues :
Il convient de redéfinir la classification des langues (ex : celles parlées uniquement en France et dont la responsabilité incombe exclusivement à la France ; les langues transfrontalières…). Plusieurs pistes de réflexions sont envisagées comme, par exemple, le fait de savoir si une application différenciée en fonction du poids des langues serait justifiée, la notion de poids restant alors à définir… Un baromètre des langues de France pourrait être conduit par un Observatoire des langues au sein de la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLFLF). Or, bien souvent, les langues qui « s’expriment le plus » s’avèrent, paradoxalement, être les moins menacées.

En conclusion de ses propos, Mme la ministre explique que le but à atteindre est une complémentarité des efforts pour plus d’efficacité. Il s’agit de proposer un ensemble de mesures après concertation pour que soit présent, dans chaque ministère, le souci de la diversité linguistique. C’est déjà le cas à l’Éducation nationale. Le rôle des collectivités territoriales est également appelé à augmenter, notamment grâce à l’application du principe de subsidiarité. Le niveau d’action le plus pertinent reste désormais à être trouvé. Le rapport du Comité consultatif rappelle que tout cela doit se faire tout en recherchant l’indispensable articulation entre l’unité politique de la Nation et la reconnaissance nécessaire de la diversité culturelle. C’est donc le défi à relever aujourd’hui.

M. Paul MOLAC remercie Mme la ministre et explique qu’il partage les valeurs énoncées. En effet, tout le monde sait aujourd’hui que la reconnaissance des langues régionales n’affaiblit en rien la France et qu’il ne faut donc pas stigmatiser les locuteurs de ces langues. Il regrette toutefois que beaucoup de choses sur le terrain bloquent encore. Il regrette également les réactions de rejet auxquelles se retrouvent parfois confrontés les locuteurs de ces langues. Il estime que le législateur devra très prochainement prendre position sur deux points :
Faire le choix entre une proposition de loi et un projet de loi ;
Décider de déposer ou de ne pas déposer une proposition de loi constitutionnelle permettant de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

M. Armand JUNG remercie également Mme la ministre pour son intervention. Il regrette néanmoins que l’engagement 5 pris par le Président de la République, lorsqu’il était candidat à l’élection présidentielle, ne soit pas suivi d’effet car cela avait soulevé beaucoup d’espoir parmi les associations. Il comprend néanmoins qu’il soit difficile d’obtenir la majorité qualifiée des 3/5. Monsieur JUNG ajoute qu’il est favorable au dépôt d’une PPL afin de mettre en œuvre les mesures préconisées par le rapport. Il émet l’idée de créer à l’Assemblée une commission spécifique pour travailler sur son futur contenu.

M. Jean-Pierre DECOOL se dit tout à fait favorable à la proposition de M. Jung. Il ajoute qu’il est cofondateur de l’Institut de la langue régionale flamande mais déplore le manque de moyens alloués par l’État, malgré l’adoption de la loi n° 2013- 595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République. Il regrette également que la reconnaissance des langues régionales au sein de cette loi n’ait pas résulté d’une démarche volontariste du Gouvernement mais d’amendements déposés par les parlementaires. En ce qui concerne l’application des articles L. 312-10 et L. 312-11 du code de l’éducation en Flandre, c’est toujours le statut quo et c’est regrettable. Il demande pourquoi il n’y a pas de moyens pour soutenir les actions déjà entamées, alors qu’en Flandre, la langue est un vecteur économique formidable. Enfin, il souhaiterait avoir un éclairage sur la signalétique bilingue.

M. Paul GIACOBBI ne pense pas que le fait que l’identité de la France soit multiple menace l’État. Il estime qu’il convient maintenant de passer du pragmatisme au juridisme. Le droit d’un peuple de s’exprimer dans sa langue a, pendant longtemps, été bafoué. Il y a une contradiction entre le comportement de la France à l’international, ainsi que la place qu’elle accorde désormais à l’anglais au sein de l’université française, et la façon dont l’État se comporte vis-à-vis des langues régionales sur son territoire. Pour la Corse, il souhaiterait que l’on se dirige vers une co-officialité de la langue corse avec la langue française.

M. Gwendal ROUILLARD explique que l’apprentissage d’une LR est un outil d’épanouissement et facilite l’apprentissage des autres langues. Il ne s’agit donc pas d’un enjeu marginal. Il souhaite attirer l’attention de la ministre sur le réseau des télévisions locales qui ne devront pas être oubliées lors des réflexions sur l’avenir de France 3. La région Bretagne finance déjà les réseaux de télévision locale. Il souhaite également connaître les méthodes que le Gouvernement entend retenir pour financer les productions en LR. Enfin, en ce qui concerne l’enseignement, il s’interroge sur la façon d’inciter et de susciter les vocations pour devenir enseignants de LR.

M. Pierre AYLAGAS rappelle que l’enseignement des LR doit être proposé dès le plus jeune âge pour faciliter leur apprentissage. Il y a donc aujourd’hui un besoin d’enseignants. Il rappelle également l’importance de la continuité de cet enseignement dans le secondaire.

M. Frédéric REISS constate que le travail interministériel est nécessaire. Le bilinguisme précoce est important. Il trouve l’idée du service public numérique très bonne mais
ajoute que son articulation avec France3 reste encore à définir. Enfin, il pense que la récente réforme des rythmes scolaires se prête parfaitement à l’apprentissage des LR : reste encore à pouvoir l’organiser en pratique.

M. Pascal DEGUILHEM déplore que peu de collèges publics proposent un enseignement bilingue. Ce type d’enseignement est encore essentiellement proposé par le réseau associatif. Il déplore enfin que les zones rurales soient désertées au profit des lycées centraux en ce qui concerne l’offre d’apprentissage.

M. Paul MOLAC confirme en effet qu’il y a un véritable problème d’option en France. Cela a des conséquences négatives sur la motivation des adolescents. Il est donc nécessaire de développer le bilinguisme précoce pour pallier cette démotivation. Cela rendra l’apprentissage des LR plus légitime et fera bénéficier les élèves des avantages du bilinguisme précoce, tout en permettant aux élèves de suivre des cursus complets.

M. Christian ASSAF remercie le Comité consultatif pour la qualité de son rapport. Il ajoute que les associations attendent une loi qui démontrerait, non seulement l’attachement de la France aux LR, mais enlèverait les flous qui existent les concernant. En outre, il déplore la diminution du nombre de places au CAPES. Il demande enfin ce qu’il va advenir des radios locales qui demandent l’ouverture de fréquences.

Mme Sylviane ALAUX aborde la question du financement des écoles associatives par immersion évoquées à la page 69 du rapport. Elle explique que des solutions de contournement sont actuellement utilisées par les collectivités territoriales pour pouvoir les financer.

Mme Marie-Hélène FABRE explique que la jeunesse est attachée aux LR. D’ailleurs, de nombreux jeunes artistes se les approprient. Il y a aujourd’hui urgence car trop de choses ont été promises par le passé sans être tenues. Il faut maintenant s’engager à légiférer. Enfin, elle regrette que les décrets d’application de la loi sur l’école n’aient pas encore été pris, ainsi que le manque de places au CAPES. Elle souhaite que cette demande soit transmise au ministre de l’Éducation nationale.

Mme Colette CAPDEVIELLE souhaite resituer le débat d’aujourd’hui dans le cadre du débat européen : la Commission européenne est actuellement interpellée sur un conflit, également évoqué par Mme ALAUX, opposant la France et les écoles associatives d’enseignement par immersion, sur la question des financements de l’immobilier. Elle estime qu’il serait assez intéressant de rapprocher les conclusions du rapport avec celles du rapport rendu par le Parlement européen sur la défense des langues régionales européennes en danger pour voir ce qu'il est possible de faire et de défendre sur le plan européen. Elle trouve également dépassé d’appliquer encore aujourd’hui la loi Falloux de 1850. En outre, elle estime que l’idée de faire un code ne consiste qu’à compiler des textes épars et ne constitue donc pas un texte d’orientation qui poserait une nouvelle législation. Même si cela représente un progrès, ce n’est pas suffisant. De même, une circulaire qui fixe des déclarations de bonnes intentions n’est pas suffisante car cela n’a aucune valeur coercitive. Une loi est donc indispensable et il serait préférable que ce texte vienne de l’Exécutif. Étant membre de la commission des lois, elle tient à rappeler que son président, Monsieur Jean-Jacques URVOAS, a déjà rédigé un texte qu'il pourrait être intéressant d’étudier. Enfin, elle attire l’attention de la ministre sur une situation
concernant le Pays basque : la délibération de la commune d’Hendaye de financer la construction d’une école gérée par la fédération Ikastola fait actuellement l’objet d’un recours devant le tribunal administratif. Une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) va être posée au sujet de la rupture d’égalité induite par la loi Falloux, celle-ci interdisant aux collectivités locales de financer le 1er degré alors que celles-ci peuvent participer à la construction d’établissements du second degré. Mme CAPDEVIEILLE estime qu’il est donc nécessaire de légiférer.

Mme Virginie DUBY-MULLER tient à dénoncer les embuches rencontrées par les élèves souhaitant suivre les options de LR. Elle demande que cette information remonte jusqu’au ministre de l’Éducation nationale.

M. Jean-Pierre ALLOSSERY rappelle qu’il existe déjà une PPL et qu’il conviendrait de la cosigner.

M. Armand JUNG confirme que cette PPL, déjà cosignée par de nombreux membres du GE, avait été déposée sur le bureau de l’Assemblée nationale sous la 13ème législature.

Mme Aurélie FILIPPETTI retient donc le fait qu’il existe un vrai débat sur la nécessité de faire une loi ou pas. Elle comprend l’intérêt d’une telle loi, qui aurait ainsi le mérite de susciter le débat. Elle ajoute qu’il ne tient qu’aux parlementaires de s’emparer de cette question. Il faudrait alors que cela dépasse le cadre du GE. Elle tient toutefois à rappeler qu’une loi serait essentiellement de l’ordre du symbolique car elle serait essentiellement déclarative. En effet, elle estime qu’une portée normative risquerait d’entrer en contradiction avec la Constitution. Or, le choix a été fait de ne pas toucher aux articles 1, 2 et 3 de la Constitution. À partir de ce moment-là, il est impossible d’introduire au sein de la Constitution un article précisant que la France peut ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. En effet, le préambule de cette Charte, qui en est inséparable, entre en contradiction avec les trois premiers articles de la Constitution. De plus, une réserve d’interprétation est inenvisageable sur cette question. L’adoption d’une loi normative perd donc de son sens dans ces conditions.
Mme FILIPPETTI rappelle donc qu’elle est favorable à la solution qui consiste à rassembler au sein d’un code toutes les mesures existantes. La force normative sera donnée par le SGG. Entre temps, elle va faire publier un code d’édition.
Elle ajoute qu’elle informera M. Vincent Peillon des remarques et demandes formulées au sujet de l’Éducation nationale lors de la réunion.
Enfin concernant la signalétique, elle rappelle que les inscriptions bilingues sont déjà autorisées. Cela est donc une preuve supplémentaire qu’il convient essentiellement de faire connaître le droit existant.

M. Armand JUNG conclut la réunion en rappelant qu’il reste désormais à redonner espoir aux associations de défense des langues régionales.

Marseille et le génie d'oc

Le MUCEM et les nouveaux aménagements de la Joliette, l’esplanade du Vieux Port et sa magnifique ombrière, les musées rénovés et l’offre de spectacles et d’expositions générés par Marseille- Provence 2013, capitale Européenne de la culture offrent de Marseille une toute autre image que celle des violences urbaines ou de la paupérisation des habitants. Dans cette ville paradoxale capable du meilleur comme du pire, tout n’est pas désordre ou désolation. Pourtant, son histoire, sa culture Provençale, sa langue historique sont rarement valorisées quand ce n’est pas caricaturées par une représentation folklorique de sa réalité. Il est surprenant, par exemple, que le magnifique musée d’histoire de Marseille ne souligne pas son appartenance aux terres d’Oc ou que cette dimension de son identité soit absente des manifestations de grande qualité proposées dans la capitale provisoire de la culture.

1-Constats

Car Marseille va mieux, ses points forts sont nombreux et reconnus. L’opération Euroméditerranée a totalement transformé un quartier à l’abandon, créant des milliers d’emplois qualifiés dans le tertiaire supérieur. En 10 ans, le niveau de l’emploi a augmenté de prés de 15%. La façade portuaire bénéficie d’équipements culturels et commerciaux de grande ampleur. Les quartiers en difficultés sont progressivement rénovés. Le métro et le tramway ont totalement transformé la ville dont la circulation est rendue plus fluide par des tunnels et des viaducs. Aix-Marseille-Université est maintenant la première université du pays avec 70 000 étudiants. Dans de nombreuses disciplines (en médecine, en physique, en sciences de l’ingénieur…), Marseille est une grande cité scientifique. Ses concentrations technologiques (Château-Gombert, Luminy, Saint-Jérôme..), ses pôles de compétitivité en optique et en biotechnologies, ses structures de transfert entre la recherche et l’innovation, son potentiel médical sont de première grandeur. Le cap du million de croisiéristes a été franchi. Fait incongru il y a quelques années, la Cité Phocéenne est devenue une ville touristique qui rénove enfin son patrimoine bâti. C’est aussi une grande place portuaire ouverte sur la Méditerranée en trait d’union avec l’Europe.

Mais ces améliorations incontestables n’ont pas modifié sensiblement les conditions de vie de la plupart des marseillais. Le taux de chômage, 13,5%, est l’un des plus élevés des grandes villes françaises. Les emplois créés ne sont pas accessibles aux demandeurs d’emploi. Il manque 50 000 emplois pour que Marseille se retrouve dans une moyenne nationale déjà peu favorable. Le taux d’activité est faible et la productivité du travail en baisse. Le revenu médian annuel (16 450 €) est modeste et les inégalités de ressources entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres est de 15,3, un triste record de France. Prés de 20% des ménages sont en dessous du seuil de précarité et des milliers de familles ne vivent que des prestations sociales. Marseille est une ville pauvre de quartiers et de cités qui ne se rencontrent pas. Beaucoup habitent dans les 1°, 2°, 3°, 13°, 14° et 15° arrondissements, dans le centre ou le nord de la ville, alors que les habitants aisés se concentrent dans les 7° et 8°et que 48% de la population marseillaise relève d’un des dix contrats urbains de cohésion sociale. 39% des ménages sont composés d’une seule personne. L’accès au logement est particulièrement difficile dans un contexte de rareté où la vacance dans le parc social est quasiment nulle. Le quart de la population de plus de 15 ans non scolarisée n’a aucun diplôme. Dés lors les choses sont claires : Marseille va mieux que les marseillais.

2-Ruptures

Plus que toute autre grande ville, Marseille est au cœur de la mondialisation. Les crises qui secouent le monde (1973-1979-2007-2009…) n’en sont pas. Elles annoncent d’autres ruptures qui traduisent la mutation d’une économie en quête de modèle après l’échec confirmé de l’économie Keynésienne (1973-1979), socialiste (1989) et libérale (2007-2009). Dans cette recherche de nouveaux référentiels, deux dimensions sont à explorer. Car, à Marseille comme ailleurs, les politiques conduites à tous les niveaux, les grands investissements, les équipements collectifs, les services à la personne ne se traduisent pas par une amélioration qualitative des conditions de vie de la plupart des marseillais.

La première est territoriale. Dans ce grand bouleversement, le territoire change de sens. Ce n’est plus l’endroit où les choses se passent mais bien le lieu où elles s’inventent. Qu’on la nomme développement local, développement durable, économie de la proximité ou développement durable, l’économie territoriale est bien une autre façon de « faire de l’économie ». Certes les territoires sont multiples. L’Occitanie en est un. Ce vaste ensemble n’est évidemment pas homogène. Mais ce n’est pas par hasard que c’est celui qui attire le plus d’actifs qualifiés, qui accueille le plus de retraités, qui est, après Paris, le plus touristique d’Europe. Ces terres où les écarts de revenus et de niveaux de vie sont élevés pratiquent une solidarité de voisinage et développent une vie associative particulièrement efficace dans l’accompagnement des ménages en difficulté. C’est le cas à Marseille dont la situation sociale réelle échappe à la mesure. Une économie de bazar, faite d’échanges formels ou informels, de petits travaux déclarés ou pas, de solidarité familiale ou communautaire évite à une grande partie des habitants de tomber dans la misère.

La seconde est culturelle. Le génie d’Oc est dans ses valeurs.

La « convivéncia » est la tolérance, ce qui manque le plus à nos sociétés. Elle veut dire comprendre l’altérité, tolérer les différences, vivre dans la confiance.

Le « prètz » est la noblesse du cœur. C’est l’attention apportée aux plus démunis, la solidarité dans les comportements, la redistribution des revenus, le regard porté sur l’autre.

Le « paratge » est le maître mot de la civilisation courtoise. L’amour courtois est un idéal, un chemin, une éthique des relations sociales et un art de vivre.

Ces valeurs Occitanes portent une autre économie :
* une économie du lien plutôt qu’une économie du bien
* une économie du respect plutôt qu’une économie du mépris
* une économie de la beauté plutôt qu’une économie de la destruction des sites et des paysages
On pourrait ajouter, compte tenu de l’histoire de l’Occitanie :
* une économie de la résistance plutôt qu’une économie de la résignation
* une économie de la liberté plutôt qu’une économie de la dépendance.

Ces valeurs sont celles qui pourraient servir de base à la construction d’un modèle de développement plus économe en prélèvements sur la nature, moins dominé par les relations marchandes, soucieux de l’intérêt général, solidaire entre les générations, les territoires et les classes sociales : celles dont Marseille a le plus besoin.

C- Ouvertures


Marseille, c’est d’abord le génie de la nature par une situation géographique exceptionnelle. A ce titre, Marseille c’est le ciel, le mistral, le soleil, la lumière, les couleurs (bleu étincelant du ciel, bleu changeant de la Méditerranée, blanc des roches calcaires des calanques, vert des pins…). Or, la beauté du paysage est devenu un facteur clé de localisation des entreprises et un élément déterminant dans le choix résidentiel des ménages

Marseille, c’est aussi le génie de la culture. L’Occitan s’exprime dans toutes les déclinaisons de la vie quotidienne. Et notamment dans la culture marseillaise.

Dans la langue, évidemment, « manière d’être à l’univers » : écoles Occitanes, Calandretas, stages d’enseignement, œuvres littéraires, théâtre, cinéma…
Dans les modes de vie : la promenade publique, l’entraide, les marchés paysans, la vie à l’extérieur, l’agora et la place publique, le goût de la palabre…
Dans l’habitat et le célèbre immeuble à trois étages et trois fenêtres ou les nombreuses bastides de son ancienne campagne.
Dans les modes alimentaires : cuisine forte (anchois, aïl, oignons..), l’usage de l’huile d’olive, l’art des aromates, le culte de l’apéro.
Dans la toponymie, le nom des lieux et celui des gens…

Marseille, c’est un art de vivre, celui de la Provence :

La chasse dans les collines,les cercles, la chambreto, la rencontre, le goût de la parole, l’accent…
Les fêtes et les foires, les jeux ( joutes, boules, foot…)
La musique, des troubadours au rap, une histoire commune, musiques actuelles en langue d’Oc, la Coupo Santo, hymne des pays d’Oc.
Le travail : une population active astucieuse, volontaire, engagée…, la transmission des savoirs, les relations avec les personnes âgée.

Marseille, enfin c’est le brassage de populations venues d’Europe et d’Afrique en quête de vie meilleure, réfugiés espagnols républicains, Arméniens, Rapatriés d’Afrique du nord … aujourd’hui espace recherché par les Roms, les populations africaines et slaves pas toujours bien accueillies.

D-Propositions

Il existe une identité marseillaise trop souvent brocardée par des dérives nationalistes ou racistes dont l’histoire contemporaine nous offre malheureusement de nombreux exemples. Les racines d’Oc ou Provençales se traduisent par des traits spécifiques rapidement évoqués dans cette note. Les marseillais manifestent leur attachement à un certain nombre de données héritées de l’histoire, telles que le souvenir de l’ancienne province romaine révélé et réveillé sans cesse par les monuments et les vestiges archéologiques, la littérature, les réinterprétations de l’histoire et de la toponymie…évidemment la langue, appelée de préférence provençal pour bien marquer le rapport qu’elle entretient avec la province d’origine, Frédéric.Mistral et le Félibrige.
Certes, cette identité est plurielle ; Elle ne signifie pas enfermement mais au contraire ouverture. Le provençal n’est pas une langue régionale. C’est une langue universelle.

Il serait important que la dimension provençale et multiculturelle de Marseille, trop souvent étouffée par les institutions, ignorée par les nouveaux habitants, ridiculisée par une conception purement folkloriste de son expression, ne soit pas absente des débats que ponctue la campagne électorale. Et que dans la prochaine équipe municipale, un élu convaincu du poids de notre histoire et de la modernité de cet engagement apporte ses compétences à une nouvelle « respelido » pour la plus ancienne ville de France.

Philippe Langevin
Maître de conférences
Aix-Marseille-Université

Farigoulo/Farigola/Thym/Thymus ou même badasso/badassa


dimanche 10 novembre 2013

De l'oc dans le métro

Le réseau de métro à Marseille est très très maigre, en tout et pour tout l'équivalent de la ligne Porte d'Orléans/Porte de Clignancourt (mais faut il regarder là-haut avec envie ? ) ce qui en dit long pour une aussi grande ville quand on la compare à Lyon ou à Barcelone.
Et si on y faisait entendre le message aussi en provençal aux côtés du français et de l'anglais  ? Et pourquoi pas aussi du provençal dans le tramway...
C'est important de remettre la langue dans la cité car il s'agit de notre patrimoine, ce que l'Unesco nomme le patrimoine immatériel de l'humanité. C'est déjà fait à Nice et à Toulouse, alors qu'est qu'on attend à Marseille ?

Mais où est passé la stèle de Victor Gélu ?

La stèle du poète populaire des Marseillais a été ôtée en 2012 lors des travaux qui ont métamorphosé l'esplanade face à la rade du Vieux-Port avec notamment son ombrière. Certes, on peut saluer ce renouveau du Vieux-Port  grâce au travaux dirigé le prestigieux architecte, Normann Foster.
Toutefois, on a vite compris que la stèle honorant la mémoire du chansonnier  n'avait pas été prévu dans le nouveau projet. Alors quelques associations ont écrit à Monsieur l'Adjoint au Maire délégué au patrimoine et aux monuments historiques pour lui demander ce qu'il en était et quel serait le nouvel emplacement dédié à la stèle Victor Gélu.Pour ma part, j'ai envoyé une missive au nom des écrivains occitans (Pen Club Occitan lié au Pen Club International), lettre restée sans réponse à ce jour.
Gélu était un personnage marseillais du 19-ème dont nous gardons encore en mémoire un souvenir fort. Il était si populaire chez les cabanonniers qu'ils avaient souvent une de ses chansons au bout des lèvres du côté de Sormiou ou de Callelongue lors de leurs joyeuses tablées. Il fut poète et chansonnier, romancier aussi et avant Frédéric Mistral, l'un des défenseurs les plus brillants de la langue d'oc notamment par ses chansons. La langue, il l'aimait dans sa plénitude, dans toute sa virulence jusqu'à parfois la crudité des propos. Il savait chanter avec une verve extraordinaire, pleine de truculence, de créativité verbale et un sens aigu de l'image pour dire la vie marseillaise, souvent misérable mais faite aussi de petit plaisirs, hantée de rêves parfois un peu fous et où parfois pointe un brin de désespoir fatalement : vers 184O, tandis que la ville se développe, l'avenir s'assombrit souvent pour la plèbe.
En 2013, du fait de la dynamique de Marseille Capitale Culturelle, la ville s'embellit peu ou prou, disons dans un périmètre limité, et de nouveaux lieux émergent comme le très réussi Mucem, haut-lieu muséographique, des créations dramaturgiques en avant première voient le jour comme -Rituel pour une métamorphose- au Gymnase, toutefois, il serait préjudiciable certainement que cela se fasse au détriment de notre mémoire collective où la figure de Gélu a toute sa place, Gélu évoqué jusque dans la trilogie de Marcel Pagnol, Gélu, poète local certes mais universel à bien des égards...
Nous sollicitons humblement les autorités municipales pour que cette stèle réapparaisse en dignité dans l'espace public marseillais et nous pensons à 3 endroits où elle pourrait avoir une belle place : -Place Général De Gaulle, derrière le caroussel car c'est un espace ouvert avec des terrasses et beaucoup de passage -sur le parvis de la Bibliothèque Départementale pour rappeler l'existence de ce chantre marseillais face aux archives -dans les jardins du Palais Longchamp, moins fréquenté certes mais proche des statues de Frédéric Mistral, de Lamartine et de Valère Bernard, Mistral et V Bernard, autres grands amoureux de la langue provençale. Mistral et Gélu s'étaient d'ailleurs rencontrés à Arles...


Thierry OFFRE

Entre misère et espoir

Nous aimons Marseille, nous l'aimions déjà avant qu'elle ne devienne capitale européenne de la culture, avant qu'elle devienne une ville touristique à la mode. Aujourd’hui, nous aspirons humblement à participer bientôt aux prises de décisions futures, autrement dit à entrer au conseil municipal. L'échéance des élections prochaines nous y invite. Marseille va mal et ce n'est pas nouveau : la décolonisation a été le début de son déclin et pour des raisons géostratégiques, les ports de la façade atlantique ont détrôné le grand port de Méditerranée qu'était la ville.
Pourtant dès sa fondation, Marseille en tant que ville invite à l'espoir, au métissage comme l'évoquait déjà l'allégorie des épousailles entre Protis et Gyptis. Ensemble vont nouer leur destin la fille du petit roi salyen et un jeune colon venu par la mer de Phocée, amenant dans sa besace la langue écrite, une certaine idée de ce que peut être l'urbanisme.

Comme l'a si bien écrit Mistral :
-Lou pichot rèi dóu pople Sàli,
Nan, benesis lou vènt gregàli,
E baio, dous presènt, sa fiho pèr mouié
Au jouine Pròtis de Foucèio ;
Marsiho espelis : la sadrèio,
Lou sourne pin, fan plaço i lèio
De figo e de rasin, de nerto e d'óulivié.

Les gens depuis pendant des générations sont venus à Marseille de tous les coins du monde : provençaux de l'arrière-pays tout d'abord, ceux de derrière les collines mais aussi et depuis des siècles des pisans, des génois, des gavots, des juifs, des turcs, des gens du nord, d'autres encore arrivés par bateaux. Souvent, ils vont s'assimiler rapidement à la cité. Marseille a pris ses racines dans tous les pays de la Méditerranée et cela constitue une belle promesse pour le vivre ensemble.

Pourtant, depuis longtemps déjà, la ville périclite. En ces temps de Marseille-capitale, si parfois la cité s'embellit plus ou moins, du côté d'Euroméditerranée notamment, y apparaît aussi de plus en plus de misère dans le quotidien de l'espace public, de plus en plus de brutalité entre les gens, en particulier dans le centre-ville (incivisme, délinquance, absence de la politesse la plus élémentaire) et d'insalubrité publique.

A l'heure où le Mucem, musée des civilisations, connaît une belle affluence, on peut se demander si la crise marseillaise, cette crise qui n'en finit pas, n’était pas justement une crise de civilisation...

De plus en plus de jeunes marseillais, tristement, tournent le dos ostensiblement à l'aventure scolaire, celle de l'acquisition des savoirs telle qu'elle est offerte dans le cadre de l'école laïque. Est ce le reflet d'un malaise ou même d'une sorte de crise de civilisation ? Sûrement.

Autre exemple de l'impasse dans la gestion municipale :
Je me souviens : èra la grèva dei ramassaires de bordilhas a Marselha en octòbre de 2010 per faire recuelar la refòrma dei retiradas : les rues sont vite envahies de poubelles en putréfaction, on a comme une odeur de l'Inde, l'odeur âcre de l'Inde, les rats, lei garris se van regalar. Bordilhas Streets for the strike. Notre Dame des Bordilles, priez pour nous ! On entonne un petit -Je vous salis ma rue- de la fatalité ! Des flammes souvent dans la nuit, mai lo fuèc, back the fire... Bonne mère en transe, Marseille bordélisée, bordilhas, poubelles en feu, désordre, immondices, ruines, fiente, pus, tout ce contre quoi la vie urbaine nous parait être la défense organisée, tout s'étale dans les rues. Una aussa de pudentor.


Comment en est on arrivé là dans cette ville qui dès le Moyen-Age fut une république urbaine appartenant au comté de Provence mais qui possédait ses propres consuls formant "lo consolat" tout comme Barcelone, Gènes ou Venise ?

Plus tard, Marseille est devenue la porte de l'Afrique autrement dit une entrée hexagonale du trafic colonial. Elle représentait les intérêts de la France centralisée et son destin était enviable mais à partir de la décolonisation ou plutôt juste après (car la ville a encore profité du temps de décolonisation), elle s'est retrouvée sur la touche, dans un processus de décrépitude.

Dans notre situation post-coloniale, quel avenir se dessine pour Marseille ? Comment redorer son blason ?
Et si l’espoir résidait dans une reconquête de dignité de la ville monde ?
Cela passe aussi par la culture, autrement dit aussi par sa culture propre, sa langue d'oc, ses mots marseillais, cette musique avec comme disait Ferré "cet accent qui ne sort pas de Polytechnique"... Si l'avenir de Marseille la rendait plus occitane, la ville aurait tout à y gagner, y compris pour les nouveaux marseillais : ceux du nord, ceux du sud, tout ceux qui sont en quête de travail, d'argent, de stabilité, bref d'un lieu moins désarticulé, moins traumatisé et pour qui la ville doit garder sa vocation d'ouverture comme en témoigne sa mémoire.
Thierry OFFRE

Le "peuple" du stade et le discours de l'exclusion

Plus de la moitié de la population de la région PACA n’y est pas née. La proportion est encore plus grande à Marseille où les exilés de l’intérieur côtoient ceux venus des rives de la Méditerranée. Pourtant, au Vélodrome, tous sont Marseillais. La fusion dans une identité choisie a longtemps fonctionné. Marseillais depuis plusieurs générations ou nouvel arrivant, tous se reconnaissaient au travers de leur OM. Rien à voir avec le PSG ! Quant aux clubs de supporters de Gap ou du Vaucluse, ils étaient tout ce qui restait d’une ancienne conscience régionale. A cette identité ouverte et qui se moquait des frontières, certains tentent d’en substituer une autre : celle d’une France éternelle, nationaliste, jacobine et centralisée. Une France propriété des « Français de souche » et qui rejette l’étranger. Une France qui n’a rien à voir avec celle que chantait Jean Ferrat (dans J'arrive où je suis étranger par exemple). Qu’est ce qui se cache donc derrière ce « On est chez nous » vociféré dans les stades ? L’idée d’une relation étroite entre le sang et la terre, une sorte d’essence de la nationalité qui ferait de nous, de par notre famille, les seuls propriétaires du territoire national. Paradoxe d’ailleurs lorsqu’on voit que ce sont souvent des descendants d’immigrés italiens ou espagnols ou encore des pieds noirs déracinés qui se font les chantres de cette théorie. Comme si le doute sur les origines générait une surenchère nationaliste.
Or, ce discours d’exclusion a une emprise certaine sur les autochtones, même si les envahisseurs, ceux qui renchérissent les prix de l’immobilier ou barricadent les anciens chemins usagers arrivent bien plus du nord que de l’autre rive de la Méditerranée. Que voulez vous, on leur parle de racines. Les leurs s’inscrivent dans un village, un quartier, au travers d’un ancien « biais de viure » une façon de vivre le quotidien marquée de convivialité (l’ancienne convivéncia des troubadours) et de verbe haut, notre fameuse tchatche. Elles s’inscrivent aussi dans une langue, qu’on l’appelle patois, provençal ou occitan, dont ils ne conservent souvent que quelques mots ou expressions mais qui est pour eux la langue du paradis perdu de leur enfance. Cela touche à l’inconscient, à l’irrationnel. Chaque jour, ce qu’ils sont au plus profond d’eux même est nié par la société. Mais cette identité là, a-t-elle sa place dans la fameuse « identité nationale » mise en exergue par certains ?
Mieux que les mots, regardons les actes : au parlement européen, tous les élus du Front national, rejoints au passage par le nationaliste dit de gauche Mélenchon, ont voté contre le rapport Alfonsi prônant la reconnaissance de la diversité des langues. Au conseil régional, le groupe FN s’est à chaque fois opposé à toute mesure en faveur du provençal. Pour eux, il n’est bon bec que du Français : une langue qui, pour se protéger, doit nier les autres et une seule identité, celle qui permet à un recampum (nouvel arrivant) débarquant pour passer sa retraite au soleil de dire qu’il est ici chez lui. Et qu’il a priorité sur le premier mangeur d’aubergines arrivant de Syrie. Certes, il y a des galoubets et des grands chapeaux qui accompagnent Marion Le Pen dans ses tournées autour de Carpentras mais tout cela n’est qu’une pointe de pittoresque destinée à tromper le chaland. Dans les faits, leur « préférence nationale » exclue totalement l’identité régionale.
Tout au contraire, elle ne fait qu’accentuer une sorte de zoning qui fait des pays du soleil une réserve pour riches, un bronze-cul d’où les indigènes doivent partir ou se transformer en domestiques. Si la Provence est en train de devenir une « colonie de peuplement », ce n’est pas à cause des gens venus du sud que l’on parque dans des quartiers laissés à l’abandon et devenus zone de non droit quand les vigiles et autres gros bras surveillent de véritables quartiers privés. On peut lire l’exclusion sur la carte de la ville tandis que le no man’s land du centre ville devient un lieu d’affrontement dont les échos largement médiatisés ne font que renforcer la paranoïa généralisée.
Face aux fausses solutions et aux vrais problèmes, il est peut-être temps de réinventer la citoyenneté et le respect de la différence. La richesse d’un pays n’existe pas en soi. Elle naît de sa capacité à s’ouvrir et à devenir le centre de l’échange. Nous sommes plus riches que les autres car nous parlons plusieurs langues, confrontons au quotidien nos cuisines et nos passions, parce que nous sommes tous différents. Et parce qu’a Marseille, d’où que nous arrivions et quoi qu’il se passe dans ce monde de requins, nous serons toujours derrière l’OM.
Jean-Pierre Belmon

Valoriser la langue et la culture occitanes à Marseille

OUI aux moyens pour le développement de la culture d’OC
L’institutionnel ne suffit pas par lui-même
L’économique en dernière instance répondra aux revendications démocratique.

La commune est le lieu de démocratie le plus proche des citoyens et la volonté d’élus municipaux de respecter et développer le droit des habitants à défendre et pratiquer la ou les cultures de leur choix peut y trouver des échos et surtout des moyens.

Quels obstacles se présentent pour empêcher la manifestation d’une telle volonté démocratique ?

Ce peut être tout d’abord une volonté d’ostracisme. La culture d’Oc en a souvent été victime, en particulier de la part d’une classe dominante (et de ses relais), qui se refusait à prendre en considération tout ce qui ne lui paraissait pas utile à son propre développement. Par la suite, lorsque la revendication occitaniste s’est développée et a pris en compte la nécessité du lien entre développement économique et développement culturel, cet ostracisme s’est transformé en promesses démagogiques dans le sens du poil de l’électeur afin de dissimuler une conviction contraire à la revendication.

Mais cet ostracisme n’a pas été le fait de tous les élus, même si la politique économique antisociale et ses effets sur la culture ont été largement partagés par les tenants du néolibéralisme patronal et leurs complices conscients ou non.


Le rassemblement pour la culture occitane n’a pas d’avenir national au moment où les aires économiques tendent à s’élargir et se mondialiser non du seul fait d’une volonté politique, mais simplement du développement de la révolution scientifique et technique néolibéralisée avec ses effets sur l’organisation des forces productives, et en premier de la négation des droits du producteur.

Le rassemblement recherché doit être le plus large possible, car de nombreux élus quelquefois hostiles autrefois idéologiquement, aux cultures dites régionales ou minoritaires, le sont de moins en moins. C’est que les mentalités évoluent pour ces cultures comme pour toutes les libertés. Cas par exemple du mariage pour tous. Les langues d’intercommunication , véhiculaires et langues régionales, vernaculaires, doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits de développement sans préjuger de leur passé ou de leur futur historique.

Cependant la question des moyens reste entière. Car les communes sont de plus en plus étouffées par le transfert des charges de l’État vers les collectivités locales.

Enfin la suraccumulation des capitaux et leur dévalorisation, avec la crise capitaliste aujourd’hui accélérée, ainsi que la baisse tendancielle du taux de profit renflouée par la spéculation, s’aggrave au point de limiter jusqu’à l’étranglement la satisfaction des besoins matériels et moraux dont fait partie la revendication culturelle occitane.

Les marges de manœuvre diminuent quelle que soit la bonne volonté d’un élu, et la démocratie locale a besoin de s’exprimer culturellement et économiquement au niveau de l’État français, de l’Europe et de toute structure dont dépendent les décisions éconmiques.

Ainsi, l’échelon local, essentiel, doit pouvoir exprimer des revendications mondiales telles qu’une autre gestion politique du crédit financier afin que les moyens financiers ne soient pas confisqués par les banques privées au service du capital national et mondial.

Un organisme de la culture d’Oc, interrégional, démocratiquement élu par l’intermédiaire des régions et sur une base pluraliste, sans la confiscation antidémocratique que subissent notamment les organisations politiques et syndicales au niveau des médias, constitue l’un des points capitaux pour définir les objectifs et les moyens de développement de la culture d’Oc.

Si en dernière instance, un tel organisme se heurte comme tous les lieux de démocratie, à une crise entretenue par des choix politiques néolibéraux avec l’austérité qui en résulte, le mur ne pourra s’entrouvrir que vers plus de culture unique comme de pensée unique et de régression économique et sociale.

Les candidats aux municipales qui refuseront cette boussole antilibérale, se priveront eux-mêmes, volontairement ou pas, des moyens d’action concernant la culture d’Oc comme de toute autre question de développement humain.

L’occitanisme ne peut rester spectateur d’une telle orientation néolibérale. Il se privera de même de ces moyens d’action et handicapera par le même occasion toute autre revendication sur tout autre champ de réflexion et d’action. Il ne s’agit pas seulement de « mettre au pied du mur » tel ou tel responsable à élire ou élu. Il s’agit d’un acte commun de large rassemblement pour l’action où chacun apportera selon ses moyens et pas seulement « les moyens des autres », et selon ses propres aspirations

Glaudi BARSOTTI

Jovent, en occitan médiéval ce n'est pas que la jeunesse, c'est aussi l'entrain

Aquò a dindat a ma pòrta : es mon vesin bravet, un jove qu'a l'iatge d'èstre mon pichon. Un pauc a la descisa benlèu, pron de vèire lo pati de son apartament, pron de s'avisar a la lèsta que ven de pus en pus maigre, que dèu manjar de regardèlas. Deu faire l'experiéncia de viure, de subreviure coma un cocha-marluç sensa trabalh, sensa sòus, sensa amiras, sensa ren, sensa còca ni mòca, ren que la nuechada dei pita-fèstas que banha lo barri de la Plana, lei concerts, lei pichòtas alegras, leis artistas o lei semblapapagais e l'arcòl... Jovent, siáu estat coma cadun e encuèi, encara mai a l'estaca dau jovent, tant e mai. Aquelei gitèlas, lei joves que son espés a morflar d'aquesta passa. De Marselha, n'i a un molon que son pegin me desespera : coma se lei condicions de vuei li faguesson rebuta... Lei acusam tròp sovent de pas cercar d'òbra, de pas aguer pron de vòlha e de s'eternizar a molons dins lei gardariás dau sistema educatiu, de s'asatar ai modalitats de l'estat-providéncia que balha de dardenas degot a degot per subreviure economicament sensa se bolegar. Siam d'un temps que lo paratge fa fauta entre leis uns e leis autrei, un temps que lo pus vièlh fa gaire fisança dau jove, se n'en trufa, un temps que la situacion economica es coma se deviá impausar paur e retenguda, un temps e un país pasmens m'onte l'a de gens qu'an de sòus coma un chin de nièras e que demòran aquí, assetats sus son tafanari, pegats a sei fautuèlhs de cuèr sensa ges d'iniciativas per deman. Lei cataus, boai... Lo mond vièlh amaluga aquelei pichons. Faidits, bandits per la màger part a la talvera dau mond dau travalh, n'en fan de sauta-rigòla que van soventei-fes tastar aquelei paradis d'artifici coma d'antan.. perfin d'un pauc s'emparadisar, per s'encigalar sa vidassa, son astrada tapada, se donar d'una parèntesi de pantai, l'idèa. Una androna :  fin finala, aquò leis enfonsa, li ennebla lo ferm voler e fenís que son de mai en mai a se tirasssar coma de vièlhs... Frairenalament, n'en apeli a mai de solidaritat, mai de farfantèla au poder, de vòlha per retrobar l'èime que fa sorgentar d'utopias concrètas. Coma que vague, nasejarà l'escandilhada esperada mai vendrà belèu en s'estropant lei braç... Bassacarèm lo vièlh mond e farèm venir amb jovent lei regrèus portaires de l'avenidor. D'aisinas coma la telaranha e tant dirai la mondializacion pòdon nos liberar d'una istòria enviscada d'arcaïsma nacionalitari e d'egemonia imperiala.  Siam au picar de la dalha, en orient, -crisi- (es relativa) e -flor de camin- (l'opportunitat au caire-forc) son d'ideògrames entrebescats. Segur que lo talh es dubert e que de chantiers son aquí davant : s'entre-ajudar, bastir, re-organizar sei biais de desplaçament, mestrejar l'ennanar de la vida sociala...

Et si l'on ouvrait des écoles Calandreta à Marseille ?

Une calandreta, qu’es acò ?

La langue d'oc est en perdition. Le seul moyen de la sauver est de la transmettre.
Le seul moyen de la transmettre est de l’apprendre aux enfants.
Et le seul moyen de la faire parler au plus grand nombre d’enfants est de l‘apprendre à l’école.
L’Etat n’étant pas encore disposé à faire entrer les langues régionales à l’école, il faut donc passer par l’associatif et les écoles bilingues sont des associations qui fonctionnent avec les enseignants et les parents.


La Calandreta, école laïque et privé.
Es uno escolo privado e laïco que recampo de classo ounte s’ensigno lou prouvençau e lou francés.
Es recouneigudo pèr l’Educacioun Naciounalo e lis ensignaire de l’escolo soun titulàri dóu councours de proufessour dis escolo.
L’escolo es beilejado pèr li parènt en assouciacioun, lèi de 1901. Fai partido de La Counfederacioun di Calandreta que recampo un quarantenau d’escolo en Franço, e à la Federacioun di Calandreta de Prouvènço que comto pèr lou moumen 3 escolo: Gap, Niço e Aurenjo.
Lis ensignaire seguisson lou prougramo de l’Educacioun Naciounalo.
Es uno escolo coume lis autro que duerb à 7 ouro 30 e barro à 18 ouro 15. Li calandroun soun aculi à partir de 8 ouro 30.


Comment ça marche ?
Es vertadieramen uno escolo coume lis autro!
La pedagougìo es ispirado de la metodo Freinet e de la pedagougìo istituciounalo.
Coume dins tóuti lis escolo, i’a li lèi de la classo, lou Counsèu de classo, lou journau de l’escolo, lou travai de cadun, la fotò e lou noum de cadun à l’intrado de la classo…
L’ensignamen es baia en prouvençau tre la meirenalo. Lou bilinguisme permet à l’enfant de desveloupa de capacita diferènto d’un que parlo uno souleto lengo. Aura mai de facilita à aprendre d’àutri lengo.
Pau à cha pau, lou pichot coumpren de mies en mies e pièi parlo à son tour, plan planet en prouvençau, leissant lou francés dins la classo.
En classo elementàri descuerb la leituro en prouvençau e l’ensignaire fai lou passage pèr matematico, l’istòri, li sciènci, la geougrafìo…
À l’inrado en 6enco, lou nivèu dins tóuti li matèri di calandroun es coumparable à lou dis àutri pichot.
Li calandroun sourtènt de la calandreta van au coulège coume lis àutris escoulan.

Apprentissage de la langue
Lou prouvençau se parlo subre-tout en Prouvènço. Es nosto lengo regiounalo. A l’avantage de permetre un meiour mejan d’aprene li lengo latino coume l’espagnòu vo l’italian...

L’administration
La Calandreta es uno escolo assouciativo. L’iscripcioun d’un pichot demandon l’iscripcioun de si gènt à l’associacioun qu’es coumpausado d’un counsèu d’amenistracioun (coumpausa de chasque presidènt de coumessioun, dóu burèu), e d’àutri membre.
Lou role dóu Counsèu d’amenistracioun es de prendre li decisioun impourtanto de la vido de l’escolo. Chasque membre es elegi en assemblado generale pèr un mandat de 3 an.
Lou burèu es coumpausa d’un presidènt, d’un clavaire e d’un secretàri.
L’escoutissoun annualo, pichoto, es necito pèr li croumpo de debut d’annado.
La Calandreta es gerido, pèr uno assouciacioun que li membre soun li parènt dis escoulan.

L’assouciacioun asseguro li pichot travai e l’entretèn fin que li pichot evouluèsson dins un cadre agradiéu. Li diferènti coumessioun ourganison de manifestacioun festivo tout de long de l’annado escoulàri: castagnado, lotò, balèti, kermesso... S’asseguro que li normo d’igièno e de segureta siguèsson respetado, entre autre à la cantino.
S’óucupo de la meso en plaço e la mantenènço dóu pargue enfourmati, de la gestioun dóu site Web, de faire counèisse l’escolo e de desveloupa la coumunicacioun dedins l’escolo.
A pèr amiro de cerca de finançamen, de mounta li doursié de demando de suvencioun…

L’argent
L’escolo a l’ajudo dóu Counsèu Generau, dóu Counsèu Regiounau via la Federacioun, e reçaup uno doutacioun de la coumuno pèr li pichot de la vilo escoularisa dins l’escolo. De dounatour noumbrous la soustènon financieramen o materialamen: douno d’argènt o de materiau divers…

Au collège
À la sourtido de la calandreto li pichot soun aculi au coulège coumelis autre.

Tricìo Dupuy