Nous aimons Marseille, nous l'aimions
déjà avant qu'elle ne devienne capitale européenne de la culture,
avant qu'elle devienne une ville touristique à la mode. Aujourd’hui,
nous aspirons humblement à participer bientôt aux prises de
décisions futures, autrement dit à entrer au conseil municipal.
L'échéance des élections prochaines nous y invite. Marseille va
mal et ce n'est pas nouveau : la décolonisation a été le début de
son déclin et pour des raisons géostratégiques, les ports de la
façade atlantique ont détrôné le grand port de Méditerranée
qu'était la ville.
Pourtant dès sa fondation, Marseille
en tant que ville invite à l'espoir, au métissage comme l'évoquait
déjà l'allégorie des épousailles entre Protis et Gyptis. Ensemble
vont nouer leur destin la fille du petit roi salyen et un jeune colon
venu par la mer de Phocée, amenant dans sa besace la langue écrite,
une certaine idée de ce que peut être l'urbanisme.
Comme l'a si bien écrit Mistral :
-Lou pichot rèi dóu pople Sàli,
Nan, benesis lou
vènt gregàli,
E baio, dous presènt, sa fiho
pèr mouié
Au jouine Pròtis de Foucèio ;
Marsiho espelis : la sadrèio,
Lou sourne pin, fan plaço i lèio
De figo e de rasin, de nerto e
d'óulivié.
Les gens depuis pendant des générations
sont venus à Marseille de tous les coins du monde : provençaux de
l'arrière-pays tout d'abord, ceux de derrière les collines mais
aussi et depuis des siècles des pisans, des génois, des gavots, des
juifs, des turcs, des gens du nord, d'autres encore arrivés par
bateaux. Souvent, ils vont s'assimiler rapidement à la cité.
Marseille a pris ses racines dans tous les pays de la Méditerranée
et cela constitue une belle promesse pour le vivre ensemble.
Pourtant, depuis longtemps déjà, la
ville périclite. En ces temps de Marseille-capitale, si parfois la
cité s'embellit plus ou moins, du côté d'Euroméditerranée
notamment, y apparaît aussi de plus en plus de misère dans le
quotidien de l'espace public, de plus en plus de brutalité entre les
gens, en particulier dans le centre-ville (incivisme, délinquance,
absence de la politesse la plus élémentaire) et d'insalubrité
publique.
A l'heure où le Mucem, musée des
civilisations, connaît une belle affluence, on peut se demander si
la crise marseillaise, cette crise qui n'en finit pas, n’était pas
justement une crise de civilisation...
De plus en plus de jeunes marseillais,
tristement, tournent le dos ostensiblement à l'aventure scolaire,
celle de l'acquisition des savoirs telle qu'elle est offerte dans le
cadre de l'école laïque. Est ce le reflet d'un malaise ou même
d'une sorte de crise de civilisation ? Sûrement.
Autre exemple de l'impasse dans la
gestion municipale :
Je me souviens : èra la
grèva dei ramassaires de bordilhas a Marselha en octòbre de 2010
per faire recuelar la refòrma dei retiradas : les rues sont
vite envahies de poubelles en putréfaction, on a comme une odeur de
l'Inde, l'odeur âcre de l'Inde, les rats, lei garris se van
regalar. Bordilhas Streets for the strike. Notre Dame des
Bordilles, priez pour nous ! On entonne un petit -Je vous salis ma
rue- de la fatalité ! Des flammes souvent dans la nuit, mai lo
fuèc, back the fire... Bonne mère en transe, Marseille
bordélisée, bordilhas, poubelles en feu, désordre,
immondices, ruines, fiente, pus, tout ce contre quoi la vie urbaine
nous parait être la défense organisée, tout s'étale dans les
rues. Una aussa de pudentor.
Comment en est on arrivé là dans
cette ville qui dès le Moyen-Age fut une république urbaine
appartenant au comté de Provence mais qui possédait ses propres
consuls formant "lo consolat" tout comme
Barcelone, Gènes ou Venise ?
Plus tard, Marseille est devenue la
porte de l'Afrique autrement dit une entrée hexagonale du trafic
colonial. Elle représentait les intérêts de la France centralisée
et son destin était enviable mais à partir de la décolonisation ou
plutôt juste après (car la ville a encore profité du temps de
décolonisation), elle s'est retrouvée sur la touche, dans un
processus de décrépitude.
Dans notre situation post-coloniale,
quel avenir se dessine pour Marseille ? Comment redorer son blason ?
Et si l’espoir résidait dans une
reconquête de dignité de la ville monde ?
Cela passe aussi par la culture,
autrement dit aussi par sa culture propre, sa langue d'oc, ses mots
marseillais, cette musique avec comme disait Ferré "cet accent
qui ne sort pas de Polytechnique"... Si l'avenir de Marseille la
rendait plus occitane, la ville aurait tout à y gagner, y compris
pour les nouveaux marseillais : ceux du nord, ceux du sud, tout ceux
qui sont en quête de travail, d'argent, de stabilité, bref d'un
lieu moins désarticulé, moins traumatisé et pour qui la ville doit
garder sa vocation d'ouverture comme en témoigne sa mémoire.
Thierry OFFRE
Thierry OFFRE
L'avenir: une ville verte, propre et dont on valorise le métissage de ses cultures et de son histoire! Une capitale de la méditerranée, la porte de l'orient: yes, we can ;-) http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/direction-all%C3%B4-mairie-marseille-ville-propre-ville-verte
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